Le plafonnement du gaz selon le modèle ibérique montre ses bienfaits et ses limites

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En quête d’une solution commune contre les prix élevés de l’électricité, la Commission européenne réfléchit à étendre « l’exception ibérique » à l’ensemble des pays de l’Union. Cette idée ne fait pas vraiment l’unanimité chez les Vingt-Sept. Depuis sa mise en place en Espagne et au Portugal, ce mécanisme de plafonnement divise, même au sein des consommateurs.

Dès les premiers mois suivant le début de la crise énergétique, plusieurs voix en Europe s’élèvent contre le tarif de l’électricité fixé au coût marginal. Ce système serait biaisé, puisque le prix de l’électron est déterminé en fonction du coût de production de courant avec du gaz naturel.

Avec la flambée du cours de ce combustible, le prix spot de l’électricité atteint pourtant régulièrement des sommets. Le Portugal et l’Espagne ont trouvé la parade, en plafonnant le prix du gaz utilisé pour la production électrique. Plusieurs États européens – dont la France – veulent reproduire ce mécanisme ibérique à l’échelle de l’UE.

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Un mécanisme de contention plus sain et plus pratique

Les responsables européens négocient actuellement les termes du futur accord sur l’énergie basée sur la « feuille de route » signée fin octobre. Le programme en question poursuit plusieurs objectifs, dont l’un concerne la stabilisation et l’abaissement du prix du kwh gaz sur les marchés de gros. Pour y parvenir, l’Europe envisage de découpler le prix du gaz à celui de l’électricité. Les Pays-Bas, l’Italie et l’Allemagne, entre autres, soutiennent une solution basée sur une taxation des surprofits réalisés par les producteurs d’électricité à bas coûts.

Cette idée fait son chemin jusqu’à Bruxelles, où l’on considère qu’il est logique de ponctionner les bénéfices exceptionnels engrangés par ces producteurs grâce aux prix exorbitants du mégawattheure sur le marché spot. Même s’ils reconnaissent la logique de cette démarche, des experts et des responsables d’autres pays, comme la France, s’y opposent. Pour eux, l’Europe doit se tourner vers un dispositif permettant de faire baisser les prix spot, au lieu d’exiger un surplus d’impôts de la part des électriciens. La taxation des surprofits nécessitera la mise en place d’un système de redistribution, à la fois coûteux et complexe. À l’inverse, le dispositif ibérique serait plus pratique à mettre en œuvre et plus sain.

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Un mécanisme éprouvé et encore perfectible

Les défenseurs de l’exception ibérique mettent en avant les effets positifs du mécanisme depuis son activation en juin dernier. Selon le ministère de la Transition énergétique,

ImportantLes consommateurs espagnols ont économisé 2,9 milliards d’euros sur leurs factures électriques en cinq mois.

Cela représente une différence de 15 à 30 % par rapport aux tarifs « normaux » qu’ils devaient supporter avant le plafonnement. Le dispositif aurait profité à 40 % des consommateurs espagnols – principalement ceux qui sont abonnés aux tarifs régulés dépendants du marché de gros.

Pour autant, le mécanisme ibérique ne fait pas que des heureux. Les ménages qui ont opté pour un tarif forfaitaire fixé annuellement ont vu leur facture augmenter sensiblement, après la mise en place du plafonnement. Par ailleurs, le dispositif semble avoir entraîné une hausse des exportations d’électrons depuis l’Espagne vers la France, ce qui veut dire que des énergéticiens français achètent de l’électricité à bas coût, sans verser aucune compensation aux compagnies gazières espagnoles.

Plus inquiétant encore, la part du gaz dans le mix électrique de l’Espagne est remontée depuis la mise en place du dispositif. Certains analystes attribuent ce phénomène à d’autres facteurs, tels que :

  • L’absence de vent pour les éoliennes durant l’été, une demande élevée à cause des fortes chaleurs de l’été ;
  • La mise à l’arrêt de nombreuses centrales hydrauliques à cause de la sécheresse.
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