La décarbonation des industriels prend du retard à cause de la flambée des prix de l’électricité

Pollution atmosphérique

L’industrie fait partie des secteurs d’activité les plus polluants – donc les plus concernées par les objectifs de verdissement inscrits dans l’Accord de Paris. Malgré toute leur bonne volonté, les acteurs industriels se trouvent dans l’impossibilité d’entamer leur décarbonation. En cause, les prix vertigineux de l’électricité limitent fortement leur marge de manœuvre.

La cimenterie, la sidérurgie, la papèterie et la pharmacie figurent parmi les plus grands consommateurs d’énergie du secteur industriel. Ces activités émettent aussi l’essentiel des gaz à effet de serre de l’industrie et se trouvent ainsi en première ligne dans la lutte contre le réchauffement climatique.

La décarbonation de ces métiers constitue de fait une priorité. Cependant, la crise de l’énergie, qui sévit depuis le début de l’année, complique le verdissement des industriels. Alors que les prix de gros s’envolent, les factures des cimentiers et des autres « électro-intensifs » s’alourdissent. Cette forte inflation les prive de la précieuse manne financière indispensable à leur transition énergétique.

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Des industriels pénalisés par un marché « dysfonctionnel »

Confrontés à des factures énergétiques vertigineuses depuis l’été dernier, les acteurs industriels ont demandé à l’État de relever leur quota d’électricité à prix régulé. Ce quota, fourni par le dispositif ARENH, permet aux industries de bénéficier d’une électricité valorisée à 42 euros par MWh selon la simulation EDF.

Le gouvernement n’a pas donné suite à leur requête, arguant qu’une telle décision nécessiterait l’accord de la Commission européenne.

Important En revanche, l’État français a décidé d’offrir aux industriels les plus consommateurs d’énergie une compensation de 150 millions d’euros.

Cet allègement sera prélevé sur la taxe carbone et devrait amortir, du moins partiellement, la hausse de la facture énergétique des industriels. Cette mesure est jugée insuffisante par l’Uniden, l’Union des entreprises utilisatrices d’énergie.

L’association fustige la position de la Commission européenne, qui refuserait d’admettre les dysfonctionnements du marché de l’électricité de gros. L’Uniden réclame notamment la mise en place d’un système plus égalitaire, où les gros consommateurs pourront souscrire des contrats à long terme et se protéger ainsi contre les fluctuations de prix. La ministre de la Transition écologique abonde dans ce sens et dit avoir déposé une requête auprès de la commission pour faire évoluer le marché.

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Une possible baisse de production en 2022

En attendant, les industriels continuent de subir l’envolée des prix de l’énergie – et la situation risque de s’envenimer d’ici la fin de l’année. Cette hausse incontrôlée pèse énormément sur leur budget énergie. Le syndicat français de l’industrie cimentière rapporte par exemple une augmentation de leur facture d’électricité de l’ordre de 26 à 30 % depuis 2019. Chez les aciéristes, la flambée de l’électricité bloque le verdissement du secteur. Avec les prix actuels, les industriels voient leurs capacités d’investissement s’effriter, alors qu’ils ont besoin de remplacer les vieux fours au gaz ou au charbon par des fours électriques.

Dans les conditions actuelles, investir dans la décarbonation des industries est impossible, clame l’Uniden. L’association a même prévenu une possible baisse de production début 2022, à cause de la hausse des prix de l’énergie. Pire, certaines usines risquent d’interrompre leurs activités, si l’électricité suit la même courbe haussière. Début décembre, l’électricité livrable en 2022 coûte 176 euros par MWh, alors que la moyenne européenne était de 50 euros/MWh en 2020.

 

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